Prises de position de la FPJQ

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec défend la liberté de presse et le droit public à l’information. Elle intervient chaque fois que la liberté de presse est menacée. Elle fait entendre la voix des journalistes partout où c’est nécessaire, dans les commissions parlementaires, devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), dans les conseils municipaux, auprès des juges, de la police et des organismes publics dont les politiques de communication entravent le travail des journalistes.

« La FPJQ s’est battue pour la liberté de la presse. Elle est derrière nous tous les jours. Et elle doit le demeurer. C’est pour ça que j’ai ma carte. »

Antoine Trépanier

Journaliste à Radio-Canada Ottawa/Gatineau, arrêté le 13 mars 2018 pour harcèlement criminel alors qu'il tentait d’obtenir une entrevue avec une intervenante.


Voici les prises de position de la FPJQ.

Des attaques inacceptables contre les travailleurs de l’information

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Les débordements dont Ottawa et Québec ont été témoins au cours des derniers jours ont donné lieu à de nombreux gestes d’intimidation et d’agression à l’endroit des travailleuses et des travailleurs des médias qui ont couvert ces événements. Des manifestants les ont suivis, invectivés et ont tenté de s’en prendre à leur intégrité physique et à leur équipement, trouvant tous les stratagèmes, subtils ou violents, pour les empêcher de faire leur travail.

Si ces menaces à notre démocratie semblent plus sournoises que les appels au renversement d’un gouvernement, elles ne sont en rien inoffensives à l’endroit des photographes, des journalistes, des caméramans et autres travailleurs de l’information qui en ont été victimes. Trop nombreux sont les membres de la CSN qui ont subi ces attaques, trop graves sont les conséquences provoquées par ces traumatismes pour que nous restions les bras croisés.

Ces actes de violence et d’intimidation envers le personnel médiatique s’inscrivent dans une mouvance qui tend à discréditer, peu importe la motivation, la valeur du travail journalistique.

 

S’y ajoutent aussi, malheureusement, de multiples actes de cyberharcèlement à l’endroit de ces travailleuses et travailleurs. Un phénomène de plus en plus fréquent qui, à force d’être documenté, se révèle de plus en plus inquiétant.

À la demande de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN), une étude a été menée par Stéphane Villeneuve, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM, sur l’ampleur de l’intimidation à l’égard des journalistes sur les plateformes numériques et les médias sociaux. Les données, recueillies auprès de travailleuses et de travailleurs du milieu de l’information, donnent froid dans le dos :

La moitié des répondantes et des répondants affirme avoir été victimes de cyberintimidation ;

Fait troublant : 53,7 % des répondantes et des répondants considèrent ces événements comme « inévitables » ;

Une personne sur cinq affirme avoir reçu des menaces visant son intégrité physique ;

Près de la moitié des personnes interrogées indique avoir à vivre avec le stress engendré et près du tiers vit de la colère ;

Le quart d’entre eux exprime vivre une perte de confiance, la même proportion indiquant être affectée par une perte de productivité dans leur travail.

Les menaces, l’intimidation et la violence constatées sur les médias sociaux à l’endroit de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs des médias constituent un véritable danger pour notre société. Elles bâillonnent la parole et musèlent la vérité. Pour ces raisons, tant les élus que les autorités publiques, les entreprises de presse ou nos organisations syndicales ont une obligation d’assurer les conditions sécuritaires dans lesquelles une presse libre et indépendante peut opérer. En sommes-nous vraiment rendus là ?

Même si nous dénonçons l’absurdité de la situation, nous ne pouvons que saluer les entreprises de presse qui offrent dorénavant au personnel affecté à la couverture de certaines manifestations des formations de « couverture en milieu hostile », autrefois réservées aux correspondants sillonnant l’Irak ou l’Afghanistan. Cependant, ces entreprises ont encore beaucoup de travail à faire afin de mettre en place les mesures nécessaires pour contrer le cyberharcèlement et pour venir en aide à ceux qui en sont victimes.

Les corps policiers ont l’obligation d’assurer la sécurité de l’ensemble des personnes pouvant se trouver sur les lieux d’une manifestation — y compris, bien entendu, les médias. Leur vigilance doit être accrue en ce sens, et ce, autant dans la rue que dans leurs réponses aux actes criminels commis sur Internet. Nous nous attendons de leur part un traitement approprié des plaintes qui ont été déposées par nos membres à la suite des événements regrettables des derniers jours.

Depuis leur avènement, les réseaux sociaux ont toujours pu s’étendre en profitant du vide juridique à leur endroit. Leurs propriétaires, multinationales du numérique, ne sont guère inquiétés par les pouvoirs publics, que ce soit en matière de taxation ou de législations appropriées.

Faut-il se surprendre de leur laxisme à l’endroit de la désinformation et de la cyberintimidation envers les travailleuses et les travailleurs de l’information et le public en général ? Nos pouvoirs politiques doivent réguler ces entreprises étrangères omniprésentes sur les plans fiscal et législatif, mais également les contraindre à prendre leurs responsabilités dans la défense de l’intégrité des travailleurs de l’information.

Tant à Québec qu’à Ottawa, l’ensemble des partis politiques doit envoyer un signal clair : la violence et l’intimidation à l’endroit des journalistes et du personnel médiatique sont inacceptables.

Nous avons une obligation collective d’assurer les conditions propices à leur indépendance et à leur liberté de travail. Dans la rue comme à l’écran, le respect de leur travail et de leur intégrité doit être l’affaire de tous.

* Cette lettre est signée par la FPJQ, la FNCC-CSN et 25 syndicats de journalistes :

Annick Charette, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN),

Michael Nguyen, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ)

Pierre Tousignant, Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Radio-Canada (CSN)

Nathalie Pichette, Syndicat des employé(e)s de NOOVO (CSN)

Antoine Lacroix, Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal (CSN)

Andréanne Bédard, Syndicat de la rédaction du journal Le Devoir (CSN)

Janie Gosselin, Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (CSN)

Karine Tremblay, Syndicat des employé.es de La Tribune (CSN)

Marie-Ève Martel, Syndicat national des employés de La Voix de l’Est (CSN)

Ian Bussières, Syndicat de la rédaction du Soleil (CSN)

Annie Lavoie, Syndicat des employé-e-s de bureau du Soleil (CSN)

Louis-Simon Gauthier, Syndicat de l’information du Nouvelliste (CSN)

Simon Séguin-Bertrand, Syndicat des travailleurs et des travailleuses de la Coopérative de solidarité Le Droit (CSN)

Martin Roy, Syndicat des travailleuses et travailleurs de L’Acadie Nouvelle (CSN)

André Arsenault, Syndicat des employé-e-s de CHAU-TV (CSN)

Francis Paquin, Syndicat des employés-es de RDS – section salle des nouvelles (CSN)

Thierry DeNoncourt, Syndicat des travailleuses et travailleurs de la presse écrite en Abitibi-Témiscamingue (CSN)

Simon Mayer, Syndicat des employé-es de CKVM (CSN)

Mélanie Labrecque, Syndicat des travailleurs et travailleuses du Journal le Peuple Lotbinière (CSN)

Vincent Gaudreau, Syndicat des travailleuses et travailleurs du journal le Courrier de Portneuf (CSN)

Zoé Magalhaes, Syndicat montréalais de l’information et Syndicat de l’information locale (CSN)

Kate Tremblay, Syndicat des employés de CJPM-TV (CSN)

Julien Renaud, Syndicat des publicitaires du Saguenay (CSN)

Serge Tremblay, Syndicat des employé-es de Trium Médias (CSN)

Gabrielle Brassard-Lecours, Association des journalistes indépendants du Québec (CSN)

Jacques Parent, Syndicat des employés de CHNC New Carlisle (CSN)

Joanie Gallant, Syndicat des employé(es) de la Coopérative de la Radio de Granby (CSN)

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