Depuis 1969, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec défend la liberté de la presse et le droit du public à l’information.
17 février 2026
Si Ottawa négocie avec Meta, il faut faire attention à ne pas perdre les acquis obtenus auprès d’autres géants, rappelle le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.
Texte publié le 17 février 2026 à 0h46 dans La Presse par Éric-Pierre Champagne, président de la FPJQ
Le Canada doit faire plier Meta, soutient Rod Sims, ex-président de la Commission australienne de la concurrence et de la consommation, dans une lettre publiée dans La Presse le 11 février dernier1.
M. Sims connaît bien la bête en question. La commission qu’il dirigeait a été chargée de mettre en place en Australie les règles censées forcer les géants du web à contribuer financièrement à un écosystème médiatique mis à mal par des entreprises en position de quasi-monopole.
Le Canada a suivi l’exemple de l’Australie et a déployé sa Loi sur les nouvelles en ligne en juin 2023. Si Google a accepté de se conformer à la législation canadienne, Meta s’est empressé de trouver une échappatoire pour ne pas se plier aux exigences de la nouvelle loi. Et hop, d’un coup de baguette magique numérique, on a fait disparaître les nouvelles sur les plateformes de Meta.
Meta pouvait ainsi prétendre que la loi ne s’appliquait pas à ses plateformes puisqu’il n’y avait plus aucune nouvelle produite par des médias canadiens pouvant dorénavant être partagée sur Facebook et Instagram !
L’objectif de cette loi repose sur un constat fort simple : au Canada, 80 % des revenus publicitaires numériques vont dans les coffres de Google et de Meta.
L’objectif était donc de forcer ces deux géants à verser une modeste contribution aux médias qu’ils appauvrissent année après année grâce à leur machine de guerre publicitaire qui leur procure une position de quasi-monopole.
Meta serait en discussion avec le gouvernement canadien pour mettre fin au blocage des nouvelles sur ses plateformes. Le géant du web va-t-il enfin se conformer à la Loi sur les nouvelles en ligne et partager une infime partie de ses immenses profits avec les médias canadiens ?
Ne retenez pas votre souffle : selon Rod Sims, Meta ferait « activement pression sur le Canada pour qu’il vide de sa substance la Loi sur les nouvelles en ligne » afin que le géant puisse mettre fin à son blocage sans compenser financièrement les médias canadiens.
Ce ne serait pas non plus par grandeur d’âme que Meta chercherait à ramener les nouvelles sur ses plateformes. Le géant américain voudrait plutôt rapatrier les médias sur Facebook et Instagram pour pouvoir alimenter sa solution d’intelligence artificielle générative en manque de contenus de qualité, dit-on en coulisse.
Sommes-nous à la veille de faire plier Meta, comme le demande Rod Sims ? Il est permis d’en douter…
Le contexte géopolitique actuel n’est pas favorable au Canada. On sait déjà que l’administration américaine voit d’un très mauvais œil la Loi sur les nouvelles en ligne, comme elle s’opposait férocement au projet de taxe fédérale sur les services numériques.
On connaît le résultat : Ottawa a abandonné cette taxe sur les services numériques pour ne pas déplaire au président américain, qui mène une intense guerre commerciale contre le Canada. Si le passé est garant de l’avenir, il y a fort à parier que la Loi sur les nouvelles en ligne connaîtra le même sort et se retrouvera aux poubelles sous les pressions des géants du web et d’un président américain qui considère les médias comme les ennemis du peuple.
Or, si Meta peut ramener les nouvelles sur ses plateformes sans payer un seul dollar aux médias canadiens, on peut se demander comment réagira Google.
Lire la suite dans La Presse
Pour ne rien manquer des nouvelles de la FPJQ : actualités du milieu, offres d'emploi, stages, prix et bourses, congrès, formations... et recevoir Le Trente numérique directement dans votre boîte de réception.
Notre infolettre, vos nouvelles!
S'abonner