Billets

Depuis janvier 2018, vous retrouvez chaque semaine, à la fin de votre lettre InfoFPJQ, sous la plume de journalistes et chroniqueurs bien connus, un point de vue ou une analyse sur l’actualité médiatique.

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteur. La FPJQ ne cautionne ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.

Détresse médiatique 

« Allo Hugo, ma billettiste est en arrêt de travail et ne peut pas nous écrire celui du 5 décembre, veux-tu sauter sur le créneau offert ? » 

Je ne sais absolument pas pourquoi la billettiste est en arrêt de travail, mais en acceptant la proposition de ma camarade de la FPJQ, mon sujet s’imposait de lui-même : la détresse psychologique dans les médias.

Ce n’est pas documenté (il me semble), mais j’ai l’impression que les arrêts de travail pour diverses problématiques liées à la santé mentale sont légion dans la profession – et dans mon entourage- depuis quelques années. Dépression, anxiété, fatigue, burn-out : peu importe l’étiquette qu’on colle au bobo, la détresse – bien réelle – reste sensiblement la même. 

 

Même sentiment d’être excédé(e), enseveli(e) sous les tâches à accomplir, d’être incapable de sortir complètement la tête hors de l’eau et de reprendre le dessus. 

 

J’ai déjà vécu ces symptômes, il n’y a pas si longtemps, sans toutefois me rendre jusqu’à un papier du médecin.  

J’ai su m’arrêter au bon moment, avant que la chaîne débarque.  

Je m’attribue le mérite d’avoir réalisé qu’un move drastique était inévitable pour améliorer mon sort.  

Ce que j’ai fait.  

J’ai lâché une job prenante, sans doute à la source de cet état d’esprit (même si je suis conscient que la dépression est une accumulation de facteurs qui vont au-delà du travail), avant de sacrer mon camp en voyage plusieurs mois à l’autre bout de la planète. 

 

Si je n’avais pas fait ça, j’aurais gonflé les rangs de tous ces collègues qui tombent les uns après les autres au combat chaque semaine. 

 

Je n’ai pas de chiffres, mais le problème est assez important pour avoir fait l’objet d’un atelier au récent congrès de la FPJQ, qui se tenait à Saint-Sauveur. 

Comme l’écrivait avec justesse Philippe Papineau dans Le Devoir du 18 novembre, « le contexte dans lequel de nombreux journalistes doivent désormais effectuer leur métier a forcé plusieurs d’entre eux à lever un drapeau rouge au sujet de l’état psychologique de plusieurs reporters. » 

 

Avec la crise des médias et le climat d’incertitude qui plane au-dessus de la profession, les journalistes – pourtant habitués de composer avec des horaires atypiques et avec l’imprévu – encaissent une pression supplémentaire. Une des panélistes de l’atelier - la rédactrice en chef de Québec Science Marie Lambert-Chan - affirmait même que la majorité des journalistes qui l’entourent sont au bout du rouleau. 

C'est normal lorsque chaque semaine amène son lot de compressions, fermetures et autres effets pervers de la crise. 

Parce qu’au-delà de la noble mission d’informer, il faut quand même payer ses bills. 

 

Et si les salariés travaillent avec une guillotine au-dessus de la tête, que dire des pigistes, qui peinent à joindre les deux bouts avec des tarifs de plus en plus dérisoires (lorsqu’on ne leur propose carrément pas du travail gratuit en échange de visibilité). 

 

C’est sans oublier l’omniprésence des réseaux sociaux, qui ont transformé plusieurs collègues – souvent des femmes -en punching bag. Imaginer devoir dealer en permanence avec un avenir incertain ET subir les attaques racistes, misogynes ou seulement méchantes d’internautes cachés derrière leur clavier. 

 

Oui, il faut être fait fort ou avoir le feu sacré pour s’accrocher dans le métier et résister à la tentation de remettre son CV à jour pour aller faire probablement plus d’argent sous d’autres cieux. 

 

J’ai une pensée solidaire pour mes ami(e)s qui ont expérimenté ces détresses et qui les vivent toujours. Plusieurs femmes, autant d’hommes, mais les clichés ont la vie dure et la plupart n’ont pas voulu m’en parler on the record. De peur des apparences, d’être stigmatisés. 

 

D’autres étaient en revanche prêts à le faire. Certains l’expriment déjà courageusement dans des blogues, sur leurs pages Facebook ou dans des conversations. 

Ils ont bien raison. Parce qu’il n’y a aucun mal à prendre un pas de recul de temps en temps et admettre avoir besoin d’un break. C’est long une carrière et l’information va toujours continuer d’être transmise sans nous. Les cimetières sont remplis de gens indispensables après tout. 

 

Les fêtes approchent, prenez soin de vous, prenez-le ce pas de recul, loin des menaces de coupures, attaques de trolls et autres stress du quotidien des médias.  

 

Si le plancher glisse malgré tout, les membres de la FPJQ et leurs familles ont droit gratuitement, depuis le 1er décembre dernier, à des ressources d’aide psychologique. Une étape importante dans la lutte aux tabous associés à la santé mentale. (Lien : https://www.fpjq.org/fr/pam

 

Alors n’hésitez pas, mais surtout n’oubliez jamais : ce métier est peut-être votre passion, mais c’est aussi juste une job. 

 

-30-

 

Diplômé en littérature, Hugo Meunier s’est tourné vers le journalisme pour payer son loyer. Après avoir couvert les conflits au Liban et en Afghanistan, il s’est découvert une passion pour le journalisme d’immersion.
Il a été journaliste à La Presse, puis Directeur de la production de contenus numériques au Journal de Montréal. Il est maintenant journaliste à Urbania.

 

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteur. La FPJQ ne cautionne ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.

 

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