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Des séances publiques à huis clos ?

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Par Catherine Lafrance, directrice générale

Les municipalités du Québec n'ont jamais été, disons-le franchement, un modèle de transparence. Documents difficiles d'accès, impossibilité d'enregistrer des séances publiques : les obstacles au travail des journalistes et photojournalistes sont nombreux et, ce, depuis longtemps. La crise n'a pas arrangé les choses, vous vous en doutez bien. Au contraire. On a découvert récemment qu'un arrêté ministériel permettait aux municipalités de tenir leurs séances à huis clos. Pas à distance. Pas en visioconférence. Juste à… huis clos. Cet arrêté a été adopté par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, le 15 mars dernier.

Que s'est-il passé à partir de ce moment-là ? C'est devenu une sorte de Far West, où chacun a fait un peu ses règles; des maires se sont mis à tenir des séances en direct sur Facebook, d'autres autrement. Dans certains cas, on en a profité, pour mettre fin, carrément, aux traditionnels points de presse. Pourtant, dans l'arrêté, on disait, quand même, qu'il fallait : « … aussi prévoir une période de questions virtuelle ou un autre mécanisme permettant de laisser la chance aux citoyens et aux journalistes qui le désirent de s'exprimer. » En guise de plan B, on a offert aux journalistes la possibilité d'obtenir des entrevues avec les autorités, à condition d'en faire la demande par écrit, d'abord. Ces entrevues se faisaient donc derrière des portes closes et non devant public.

Nous avons fait quelques appels, ne serait-ce que pour rappeler aux autorités, que les périodes de questions existent notamment pour permettre aux journalistes de tous les médias, ainsi qu'aux citoyens, de prendre connaissance des réponses données par les élus. Ça s'appelle un exercice de transparence. Dans un cas, nous nous sommes heurtés à un imparable argument, de la part d'une directrice des communications, qui était celui-ci : « le maire s'adresse aux citoyens, c'est pas des points de presse, donc on ne prend pas les questions des journalistes. » Point barre.

Nous étions sur le point de monter au créneau, mais, entretemps, comme quoi, parfois, les problèmes se règlent d'eux-mêmes, cette semaine, l'arrêté ministériel qui autorisait ces séances à huis clos a été abrogé. Désormais, « les séances devant être tenues publiquement doivent être publicisées dès que possible par tout moyen permettant au public de connaître la teneur des discussions… » C'est déjà ça. On ne sait pas si on permettra à nouveau les périodes de questions, mais on surveillera la situation de près et s'il le faut, on répètera que c'est la contagion qu'il faut réduire et non la transparence.

Parce qu'après tout, la crise, ce n'est pas une raison pour brimer la liberté de la presse, qu'on célèbrera, d'ailleurs, ce dimanche, 3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse.

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