Billets

Depuis janvier 2018, vous retrouvez chaque semaine, à la fin de votre lettre InfoFPJQ, sous la plume de journalistes et chroniqueurs bien connus, un point de vue ou une analyse sur l’actualité médiatique.

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteur. La FPJQ ne cautionne ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.

Servir

Par Claude Robillard

( Directeur général par intérim sortant  )

Mon intérim à la direction générale de la FPJQ, amorcé à la mi-octobre, s’est terminé lundi. Je le voulais « court et bien circonscrit », il a été court et bien agité.

Pour ceux et celles qui l’ignorent, j’ai été secrétaire général de la FPJQ de 1989 à ma retraite en 2014. Depuis mon départ, ma conviction que le journalisme est vital pour la vie démocratique est restée intacte et j’ai continué à défendre son importance partout où je le pouvais.

J’ai été paneliste dans un congrès de journalistes à Conakry, conférencier dans un forum de médias à Chisinau en Moldavie, témoin expert devant le Sénat et devant une commission d’enquête, auteur d’un livre sur la liberté de presse...

Mais depuis trois ans, je vous l’avoue, je m’étais éloigné de la FPJQ. Ou plus exactement la FPJQ s’était éloignée de moi, ou les deux à la fois. La nouvelle direction avait cessé tout contact avec moi, tout appel, contrairement à la précédente direction pour discuter d’une position, pour demander un avis, pour savoir ce que la Fédération avait déjà fait dans tel ou tel cas... Cette coupure brusque n’était pas mon choix, mais je m’en accommodais fort bien. Jouer la belle-mère n’est pas dans mes cordes.

Ce qui ne m’empêchait pas, comme simple observateur extérieur, de trouver inquiétants certains virages qui se prenaient. En fait, ce qui m’a frappé le plus en revenant provisoirement à la FPJQ, c’est de constater une espèce de volonté de rompre radicalement avec le passé de la Fédération.

Qu’on ne me téléphone pas est bien peu de choses. Mais quand j’ai appris que la très grande partie des archives papier de la Fédération a été volontairement détruite lors du déménagement il y a deux ans, mon cœur s’est serré. Des documents irremplaçables, d’avant le numérique, sur la création du Conseil de presse, sur le blocage de l’achat du Soleil en 1973 par Robert Bourassa, sur l’histoire du journalisme sont devenus des ballots de papier dans des cours de recyclage. Pourtant, j’avais déjà accueilli des historiens qui venaient faire des recherches dans nos dossiers, munis de leurs gants de coton blanc par respect pour ces archives.

Les innombrables nouvelles sur le journalisme d’ici et d’ailleurs qui avaient été choisies pour leur intérêt au fil de plus de 500 infolettres ont été rayées du nouveau site web. Les articles de Monique Dumont sur les lois sur l’accès à l’information ont également disparu, tout comme les nombreuses ressources qui existaient sur le site inauguré en 2014, dont les jugements importants qui concernent le journalisme. Les journalistes membres de la FPJQ depuis 1990 ont été éliminés de la nouvelle base de données pour ne garder essentiellement que les membres actuels. Les journalistes anciens membres ne se retrouvent plus que sur un fichier Excel peu utilisable.

Impossible de ne pas voir dans ce réalignement et cette négation de l’histoire une sorte de destruction des Bouddhas géants de Bamiyan, destruction délibérée ou pas je l’ignore, mais réelle.

Cette rupture avec le passé était aussi une rupture avec sa tradition d’intervenir sur la place publique pour défendre vigoureusement le journalisme, en prenant des positions étayées.

Sur ma table de travail, à mon retour en poste, il n’y avait que le vide en matière de « contenu ». Aucun dossier en élaboration, aucun travail d’aucune sorte entrepris pour assurer au moyen des idées la défense du journalisme.

Je voyais l’infolettre transformée en outil associatif d’auto promotion, excluant volontairement tout contenu d’information sur le journalisme extérieur à la FPJQ. Je constatais l’absence de plus en plus troublante de prises de position de fond de la FPJQ. Un documentariste membre nous écrivait récemment à propos des audiences du CRTC sur le mandat de Radio-Canada qu’il n’avait trouvé qu’une « minuscule lettre » de la FPJQ parmi les mémoires. Il s’en désolait. Traditionnellement, la FPJQ a défendu des mémoires étoffés en comparaissant devant cet organisme réglementaire.

Bref, la ligne directrice de la rupture avec le passé de la FPJQ me semblait être une difficulté nouvelle à offrir du « contenu » approfondi, ce contenu étant la défense articulée de la liberté de presse et du journalisme.

Avant de reprendre le collier, je considérais que tout cela ne me regardait plus, même si cela m’attristait.

En même temps, il me parvenait quelques échos des conflits internes qui ravageaient la Fédération et qui s’articulaient beaucoup autour des problèmes de gouvernance. La question, réduite à sa plus simple expression, était : qui contrôle la FPJQ ? Est-ce le c.a. ou la direction générale ? Le président ou l’exécutif ? J’ai eu entre les mains une lettre interne où on intime l’ordre à l’ancien président de ne plus prendre la parole en public et de ne plus participer à aucun comité sous peine d’expulsion !

C’est dans ce contexte insensé, pour résoudre une crise qui s’éternisait et où le c.a. était très divisé, que le président Michaël Nguyen a pris l’initiative de consulter d’anciens présidents de la FPJQ, des journalistes de haut niveau. Ils étaient scandalisés par la situation. 

La démission de la direction générale arriva à ce moment précis, entraînant à sa suite quelques membres du conseil. C’est alors que ces anciens présidents et l’actuel président m’ont approché pour assurer l’intérim dans l’urgence, ce qui fut approuvé par le c.a.

Il faut vous dire qu’en 24 ans à la Fédération, mes relations ont toujours été excellentes avec tous les présidents et avec tous les c.a. Il doit y avoir une raison. À la base, c’est peut-être cette conception voulant que le mandat de la direction générale soit d’abord et avant tout de servir les élus. Un DG a le devoir d’être informé de tout ce qui se passe en journalisme et chez les membres, il doit connaître à fond et respecter les rouages démocratiques de la Fédération et il a le devoir de fournir toute l’information aux élus, sans rien cacher, sans faire de réserves mentales, et de produire les meilleures analyses, positions et propositions possible pour que ceux-ci décident en connaissance de cause. Un DG doit aussi aimer les journalistes, même si c’est un peu bizarre à dire, eux dont le métier est aussi crucial que difficile.

Cette recette pour de bonnes relations est simple et elle marche. Les luttes de territoire ou de pouvoirs entre les instances sont absolument contre-productives. Heureusement, les conflits internes que j’évoque sont résolument du passé. Le conseil d’administration actuel, élu par les membres, est uni et possède désormais le contrôle complet des destinées de la Fédération. C’est ma fierté de les aider dans leur travail.

Deux semaines après mon arrivée en poste, les deux seules autres employées de la FPJQ démissionnaient, pour des raisons différentes. Je me retrouvais à la barre d’un gros navire malmené, sans équipage permanent, et qui devait quand même avancer. Sur certains aspects, comme la tenue de livres, c’était le chaos depuis des mois.

Mais dès décembre, la FPJQ embauchait notre nouveau directeur général adjoint, Stéphane Villeneuve et le 1er février notre nouvelle directrice générale, Martine Desjardins. Il ne reste qu’un poste à combler, et c’est en cours.

Vous n’imaginez pas à quel point la fédération est passée à un poil d’un drame. La FPJQ ne change pas d’orientation ou de mission. Elle redevient plutôt ce qu’elle a toujours été, ce que des générations de journalistes en ont fait à force d’engagement, un organisme combatif au service de la liberté de presse, un organisme qui revendique plus de transparence de l’État et qui défend le droit du public d’être informé. Elle entend aussi rester une association qui offre de nombreux services pratiques à ses membres.

Les menaces qui pesaient sur la façon dont elle devait être gouvernée, la marginalisation du c.a. au profit de la direction générale, sont disparues.

Il reste beaucoup à faire, mais nos bases sont maintenant saines et notre nouvelle équipe permettra d’aller de l’avant. J’ai une pleine confiance en la nouvelle direction générale qui partage toutes les valeurs de la FPJQ. Au tour maintenant des journalistes de contribuer, car c’est leur adhésion qui donne à la FPJQ les moyens et l’indépendance nécessaires pour faire avancer le journalisme.

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