Billets

Depuis janvier 2018, vous retrouvez chaque semaine, à la fin de votre lettre InfoFPJQ, sous la plume de journalistes et chroniqueurs bien connus, un point de vue ou une analyse sur l’actualité médiatique.

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteur. La FPJQ ne cautionne ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.

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Par Catherine Lafrance

( Ancienne directrice générale de la FPJQ  )

Je suis restée silencieuse depuis mon départ de la FPJQ en octobre et j’aurais souhaité que les choses en restent ainsi. Cependant, le texte publié dans l’infolettre du 4 février m’attaque personnellement et injustement et m’oblige donc à sortir de mon mutisme.

Ce texte, j’en questionne le bien-fondé et le propos, mais également les méthodes qui ont mené à sa rédaction. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il soulève des questions. D’abord, dans quel but a-t-il été publié, si ce n’est pour me dénigrer inutilement, et pourquoi sur cette tribune, coiffé du titre « Billet » ? Cet espace, je l’ai créé (à la suggestion d’Alain Saulnier, ancien président) pour que de véritables billettistes, chroniqueurs, journalistes, éditorialistes, etc., puissent s’exprimer sur l’actualité de la semaine dans les médias, non pour servir d’exutoire à un égo froissé. 

Il est empreint d’un sidérant passéisme. Prenons, justement, l’exemple de l’infolettre, dont le contenu a été modifié en 2018 et qui est maintenant qualifiée avec beaucoup de mépris « d’outil associatif d’auto promotion, excluant volontairement tout contenu d’information sur le journalisme extérieur à la FPJQ ». Au lieu de critiquer, le directeur général par intérim aurait peut-être mieux fait de tenter de comprendre ; cette infolettre était, auparavant, un répertoire de nouvelles sur le journalisme, genre de revue de presse. J’y ai vu deux problèmes : elle était forcément incomplète, puisque la FPJQ n’a jamais eu ni le temps ni les ressources pour faire une veille stratégique digne de ce nom et elle était devenue obsolète. En effet, depuis sa création, il est arrivé ce truc qu’on appelle Internet. Ça permet de prendre connaissance des nouvelles une nano seconde après leur parution. L’infolettre, publiée une fois semaine, relayait donc des nouvelles plusieurs heures ou même plusieurs jours après leur diffusion, à un public composé majoritairement de journalistes qui sont à même d’obtenir ces informations sur le champ. J’en ai plutôt fait ce qu’une infolettre doit être : un bulletin de liaison, de l’organisation à ses membres, pour qu’ils soient mis au courant de ce qui se passe dans leur association. Qu’y a-t-il de mal à ça, au juste ? 

Quand je suis arrivée en poste, j’ai été surprise par l’archaïsme ambiant. D’autres exemples : Les adhésions ou les inscriptions au congrès étaient payées par chèques, qui étaient ensuite déposés au comptoir, à la banque, bordereau de dépôt à l’appui. Les ordinateurs ? Ils étaient branchés par câbles au disque dur, qui se trouvait dans un meuble, sous une tuile de plafond qui, un jour, avait fui, mettant en péril toutes les données. La base de données ? Elle contenait des informations qui remontaient à Mathusalem, sur le nombre de repas pris par des membres dans tous les congrès auxquels ils avaient assisté depuis des décennies, notamment. Le serveur ? Il n’y avait jamais eu de ménage… ni de délestage. Les archives, qu’il m’accuse d’avoir détruites en les comparant aux statues des Bouddhas géants de Bamiyan (ce qui est d’un ridicule consommé) ? Il s’agissait, en très grande partie, de coupures de presse jetées en vrac dans des boîtes en carton qui finissaient de prendre l’humidité (à cause du fameux dégât d’eau). Elles n’étaient ni triées, ni répertoriées, ni identifiées, rendant donc une consultation quasi impossible. Qui s’encombre de papier aujourd’hui alors que toutes les informations sont à un clic de souris ? Ça semble une autre époque. C’était il y a 4 ans. Et je ne parle même pas des relations avec les sections régionales qui étaient tendues et d’une guerre qui perdurait avec l’Association des journalistes indépendants (AJIQ).

Qu’ai-je fait ? J’ai conservé et numérisé ce qui était important. En accord avec le CA, j’ai fait créer un site qui permettait de faire migrer ces données dans le nuage, de faire toutes les transactions en ligne et qui offrait un look et un contenu dignes du 21e siècle. Je suis fière de ces changements. Contrairement à ce que sous-entend le directeur général par intérim, ils ne sont pas le résultat d’un caprice. Chacun a fait l’objet de consultations, de discussions, de débats, d’approbations par les administrateurs et, pour ce faire, j’ai pu compter sur une formidable équipe d’employés, de bénévoles, d’administrateurs. 

Tout ça, je tiens à le dire, n’a jamais empêché la FPJQ d’être militante. On peut marcher et mâcher de la gomme en même temps. Quand j’y étais, elle a toujours pris position, toutes les fois où c’était nécessaire, défendu ses membres bec et ongles, écrit des communiqués, pondu des mémoires, une charte de la transparence, déposé des plaintes à différents ministères et fait partie d’une commission parlementaire. Par ailleurs, c’est le président qui donne à la Fédé son élan militant, sa couleur, son lustre. Pas la direction générale. Si le directeur général par intérim n’aimait pas ce qu’il voyait, il n’avait qu’à s’en plaindre au président.

Ce qui m’amène à parler de la fameuse lettre qu’il brandit, sans explication, ni mise en contexte. Je m’étonne qu’il l’ait en sa possession, puisque qu’elle fait partie d’une démarche entreprise par le CA et gardée confidentielle. Le directeur général par intérim sous-entend, lève un bout du voile sans rien montrer. C’est du bien mauvais journalisme. Je ne révélerai pas ici de quoi il s’agit, ce n’est pas mon rôle. Ce que je peux dire, c’est que les évènements auxquels il fait allusion ont créé une fracture au sein de la FPJQ et ont mené à ma démission, au départ de près de la moitié des membres du CA et de tous les employés de la permanence. Un nouveau CA a été élu, de nouveaux employés ont été embauchés. Fin de l’histoire. Pourquoi la relancer ici en me montrant du doigt comme si tout était de ma faute ?

Quant aux dossiers en cours, les plus importants ont été transférés par courriel. De nos jours, on n’imprime pas des centaines de pages, simplement pour qu’un directeur général par intérim puisse avoir le plaisir de les trouver sur son bureau en arrivant. Certains dossiers importants pour l’avenir n’ont pas semblé l’intéresser, notamment le volet Éducation aux médias et à l’information, dont l’utilité est de lutter contre la crise de confiance envers les journalistes et de former des citoyens mieux informés. Même chose pour la crise financière des médias. J’avais commencé à organiser des états généraux, avec un petit comité, pour que le milieu de l’information réfléchisse à des solutions innovantes. 

En fait, le directeur général par intérim ne semble m’accorder aucun crédit pour mes réalisations. Soit. Aux lecteurs de juger. Les voici :

-Refonte du site de la FPJQ

-Création du Gala des grands prix du journalisme

-Refonte des jurys, aux prix Judith-Jasmin et Antoine-Désilets (nomination de présidents.es de jury et séquestration des jurys pour une attribution plus rigoureuse des prix)

-Création des bourses du Fond CDPQ pour la relève journalistique (300 mille dollars reversés à des médias québécois pour financer des stages en journalisme)

-Création de la Semaine de la presse

-Développement du programme #30sec pour y croire et du volet éducation aux médias et à l’information

-Obtention des plus importantes subventions de l’histoire de la FPJQ (340 mille dollars, pour ne parler que de celle-là, de Patrimoine canadien, pour le projet COVID : Dépister la désinfo)

-Mise sur pied du Programme d’aide aux membres

-Refonte du congrès (étalement des ateliers sur trois jours, pour tenir des séances le dimanche matin, par exemple, création des ateliers courts, révision de la formule, création des midis thématiques, etc.)

-Création de nombreux partenariats

-Rapprochement avec l’Association des journalistes indépendants (AJIQ).

Bref, son texte écrit avant son départ sent la rancœur et l’amertume. Il y a des façons tellement plus élégantes de tirer sa révérence. Comme le chantait si bien Charles Aznavour, « il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi, sans s’accrocher l’air pitoyable, mais partir sans faire de bruit. »

Certains, manifestement, ne le savent pas.

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