Billets

Depuis janvier 2018, vous retrouvez chaque semaine, à la fin de votre lettre InfoFPJQ, sous la plume de journalistes et chroniqueurs bien connus, un point de vue ou une analyse sur l’actualité médiatique.

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteur. La FPJQ ne cautionne ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.

Nouveaux monstres

Geoffrey Gaye

Nous ne les connaissons pas vraiment. Pourtant, cela fait maintenant une dizaine d’années que nous cohabitons avec eux. Nous les avons adoptés. Au travail, à la maison, dans nos sorties loisirs, ils ne sont jamais très loin de notre attention.

D’ailleurs, c’est d’elle qu’ils se nourrissent.

Eux, ils savent qui nous sommes. Chaque jour, ils nous scrutent, analysent notre comportement, et nous appâtent. Ces enfants prodiges ont bien grandi en dix ans.

L’année 2020 marque-t-elle un tournant dans nos relations ? Après plus de sept mois de pandémie, ils semblent plus puissants que jamais. Eux, c’est les GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple. Joyeuse Halloween.

« Les pires conséquences économiques depuis la Grande Dépression », affirme Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire internationale, pour décrire les dégâts de la COVID-19 sur le monde des affaires. Les lieux publics ont fermé, les magasins physiques avec.

 

La vie privée, un mirage

Vers qui se tourner ? La population incitée à rester à la maison s’est repliée sur la toile : les réseaux sociaux pour communiquer, le commerce en ligne pour s’approvisionner. Facebook, Google et Apple ont publié leurs résultats financiers du troisième trimestre jeudi 29 octobre. Une santé étincelante! Leurs bénéfices combinés ont augmenté de 31%, s’établissant à 39 milliards de dollars. Ces entreprises, déjà parmi les plus riches du monde l’année dernière, sont les grandes gagnantes de cette détresse mondiale.

Quand on a de l’argent, le pouvoir est à portée de main. D’autant plus lorsque les deniers s’accompagnent de milliers de données. Grâce à elles, des statistiques d’une précision jamais atteinte dressent les profils de chacun d’entre nous. Vos amis, vos amours, vos emmerdes n’ont plus de secret pour les dirigeants de ces nouveaux empires.

Alors quelles dérives sont-elles à venir ? Je me suis penché sur cette question après avoir visionné le documentaire Nos écrans de fumée (que je vous recommande). Bien sûr que notre santé mentale et physique sont affectées. Bien sûr que les liens sociaux authentiques s’effritent au profit de valeurs telles que l’individualisme, la superficialité, la volatilité. Bien sûr que nos démocraties sont menacées…

 

Incontrôlables?

À plusieurs reprises ces derniers mois, il m’était impossible de promouvoir sur Facebook certains articles du journal pour lequel je travaille. La raison de ces rejets ? « Pour diffuser des publicités portant sur un enjeu social, électoral ou politique, les personnes doivent se soumettre à la confirmation de leur identité », me répond Facebook. Croyez-moi ou non, j’ai consenti à fournir une photo de mon passeport, mon adresse, mon numéro de téléphone. Au bout de quelques semaines d’attente (et une confirmation par voie postale de l’adresse du journal), la sentence tombe : « Votre identité a été refusée ».

À l’heure où j’écris ces lignes, il n’est toujours pas possible pour le seul (et modeste) journal en français de l’Alberta de promouvoir certains de ces articles. Les rejets s’appliquent souvent sur des sujets portant sur l’immigration, sur le racisme, sur les injustices à l’égard des autochtones, et même sur les droits linguistiques des francophones de la province… Inquiétant.

Bien content qu’on leur fasse du tort. Aux États-Unis, un comité sénatorial auditionne présentement les dirigeants de Facebook, Twitter et Google sur la façon dont les contenus sont modérés sur leurs plateformes. Toujours chez nos voisins, le ministère de la Justice a lancé une procédure judiciaire contre Google pour atteinte au droit de la concurrence. À travers le monde, les gouvernements se lèvent pour réclamer à ces géants une redevance aux médias pour l’utilisation de leurs productions. Les bras de fer ne font que commencer.

Tout n’est pas négatif, loin de là. Les réseaux sociaux donnent assurément plus la parole au peuple que nos médias traditionnels ne l’ont jamais fait. Les moteurs de recherches permettent un accès à grande échelle à l’art et la culture. La technologie améliore le sort des handicapés ou des moins fortunés. Dans le futur, il faudra compter sur la technologie. À condition, cependant, que la technologie compte avec nous.

-30-

Ce billet a été mis à jour le 2 novembre 2020. 

Originaire de Nîmes, dans le sud-est de la France, Geoffrey Gaye a commencé à écrire à l’âge de 17 ans pour Midi Libre, le journal local de la région.

Après plusieurs aventures entrepreneuriales sur internet, il intègre en 2016 l’École supérieure de journalisme de Montpellier. Il travaillera également pendant deux ans à Lyon au journal Le Progrès.

En 2019, il s’installe en Alberta pour satisfaire ses envies d’aventure et acquérir une expérience de travail internationale. Après un an passé au journal Le Franco, il devient rédacteur en chef de cet unique hebdomadaire en français de la province

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