2009.11.10

Les enjeux de la course à la présidence de la FPJQ

Dans quelques jours, les membres de la FPJQ seront appelés à choisir un nouveau président. En 40 ans, c’est la première fois qu’il y a une course à la succession.

Ce n’est pas du hasard que cela arrive au moment où les médias sont en crise et parfois en plein conflit de travail.

Cette course expose d’ailleurs deux visions de la FPJQ: d’un côté, une volonté de conserver une organisation où tous se sentiront à l’aise, journalistes syndiqués, cadres et indépendants, pour discuter et débattre d’enjeux professionnels. De l’autre, une volonté manifeste de durcir le ton face aux entreprises, au risque de couper des ponts.

Dans un contexte empoisonné par les conflits de travail et les aléas économiques, je crois plus utile que jamais de maintenir un lieu de dialogue pour promouvoir un journalisme de qualité.

Pour plaider ensemble la liberté de presse, comme nous venons de le faire en Cour Suprême dans un effort concerté et avec le soutien financier des groupes de presse.

Une FPJQ mobilisée par un agenda syndical ou patronal ne pourrait plus jouer ce rôle ; elle perdrait sa représentativité et sa crédibilité, sans améliorer les rapports de force des uns ou des autres.

Pour maintenir un dialogue, il faut pouvoir respecter les personnes et les points de vue de l’autre, même si on ne les partage pas toujours. C’est ce qu’on est en droit d’attendre d’un président de la FPJQ. Cela fait aussi partie des enjeux de cette course.

La FPJQ ne pourra pas infléchir les réalités de l’économie et des modèles d’affaires là où des syndicats plus puissants et mieux outillés n’y arrivent pas.

Elle peut cependant avoir une influence sur les pouvoirs publics et les acteurs sociaux si elle parle au nom de l’ensemble de la profession.

Je crois que mon collègue François Cardinal de La Presse a toutes les qualités, l’ouverture d’esprit et la sérénité nécessaires, pour mener la barque de la FPJQ et lui permettre de continuer à représenter tous les journalistes, ceux qui sont syndiqués comme ceux qui ne le sont pas.

Je lui donne un appui sans réserve dans cette course à la présidence.

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Depuis deux ans, des journalistes syndiqués et des entreprises de presse ont parfois sollicité la FPJQ pour qu’elle prenne des positions qui visaient avant tout la promotion de leurs intérêts propres.

La FPJQ s’y est toujours refusée.

Dans la lettre où il explique sa motivation à solliciter la présidence de la FPJQ, Martin Bisaillon, de Rue Frontenac, me reproche pourtant d’avoir «rompu avec la tradition de neutralité de la FPJQ».

Plus spécifiquement, de m’être «insurgé contre les députés qui disaient ne plus vouloir donner d’entrevue au Journal de Montréal».

En d’autres mots, M.Bisaillon reproche à la FPJQ d’avoir penché du côté «patronal» et en fait un enjeu de la course à la présidence.

M.Bisaillon référait aux commentaires que j’ai formulés en janvier dernier lorsque des journalistes en lock out ont appelé les élus à boycotter le Journal de Montréal.

Comme je l’ai expliqué déjà dans une note aux membres l’hiver dernier, je ne me suis pas «insurgé» contre les députés mais ai simplement répondu à une question de la Presse Canadienne.

J’ai la conviction que cette réponse n’a pas compromis la tradition de neutralité de la FPJQ. Au contraire.

En exprimant l’inquiétude que des élus se mettent à croire qu’il peut être acceptable de ne pas répondre à des journalistes, j’assurais la neutralité et la cohérence des positions de la FPJQ.

Depuis deux ans, j’ai donné à des collègues journalistes plus de 250 entrevues, sans parler des autres interventions. Je crois y avoir toujours été fidèle aux valeurs de base de la FPJQ.

J’ai souvent fait valoir que les élus et les administrations publiques ont une obligation de répondre aux journalistes qui représentent le public.

J’ai dénoncé les petits despotes locaux qui nous empêchent de faire notre travail, interdisent nos caméras, boudent les journalistes qu’ils trouvent trop critiques ou bloquent l’accès à l’information. Nous venons d’ailleurs de créer un Prix de la noirceur à leur intention.

La FPJQ doit-elle fermer les yeux lorsque ce principe de reddition de comptes des élus est menacé par un conflit de travail, alors qu’elle le dénonce dans toutes les autres circonstances?

On touche ici à la différence entre un syndicat de journalistes et une association professionnelle comme la FPJQ, pour qui défendre l’information a priorité sur la solidarité syndicale, aussi légitime soit-elle.

Cela n’empêche pas la FPJQ de partager beaucoup de points de vue avec les syndicats de journalistes. Ni d’avoir de l’empathie pour les collègues du Journal de Montréal, jetés à la rue par leur employeur.

Cette position de la FPJQ a suscité du mécontentement auprès d’une partie des membres. Dans son statut Facebook du 30 janvier dernier, M.Bisaillon avait d’ailleurs demandé ma démission.

Je persiste à croire que la meilleure façon de rester neutre dans un conflit de travail, ce n’est pas de se taire ou de refuser de répondre à des questions.

C’est de réaffirmer en tout temps les valeurs de liberté de presse, d’accès à l’information et de qualité de l’information.

Se taire aurait signifié prendre parti pour un moyen de pression syndical à l’encontre des valeurs que la FPJQ défend depuis toujours.

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Je veux revenir en terminant sur les règles d’attribution des Prix de photo Antoine Désilets qui seront remis au congrès dans quelques jours.

Des collègues de Rue Frontenac se sont indignés en apprenant qu’une photo d’un cadre du Journal de Montréal avait été retenue parmi les finalistes.

M.Bisaillon y a joint sa voix en écrivant «C’EST UNE HONTE!» en lettres majuscules dans Facebook.

Je peux comprendre l’irritation des journalistes de Rue Frontenac et je peux les assurer que la FPJQ ne «fait pas exprès» comme on l’a suggéré. Voici les faits.

La FPJQ a demandé à des photographes de plusieurs médias de désigner un jury. Ces photographes ont choisi Paul Chiasson (PC), Roger Lemoyne (photojournaliste) et Andy Clark (Reuters/Vancouver). Ceux-ci ont jugé les photos au mérite sans en connaître les auteurs.

Une des photos retenues est celle d’un cadre du Journal de Montréal. Le même jury a aussi retenu des images de Rue Frontenac.

Le C.A. de la FPJQ ne s’est jamais mêlé de la sélection des finalistes et des gagnants.

Il reste donc une seule question: fallait-il exclure les photos provenant d’un média en conflit de travail? Exclure celles des journalistes/cadres et accepter les autres?

La FPJQ a agi ici comme elle l’a toujours fait : elle a réuni des jurys indépendants pour évaluer des articles et des photos en fonction de leur valeur journalistique et non en fonction du statut de leurs auteurs.

Cette façon de faire est-elle une «honte»?

François Bourque
Président