2009.01.30

Les élus doivent-ils boycotter le Journal de Montréal ?

 En réponse à des questions de la Presse Canadienne, la FPJQ a exprimé des réserves sur le boycott du Journal de Montréal par des députés de l’Assemblée Nationale.

Cette position a soulevé des remous chez plusieurs de nos membres et chez les syndicats des grandes salles d’information.

Voici les éléments de contexte et de réflexion qui ont conduit à cette position.

1
- Nous ne voyons pas comment le fait pour des élus de refuser de répondre à des questions de journalistes puisse contribuer à ce que le public soit mieux informé.

2
- Cautionner le refus d’élus de répondre à des journalistes risque de créer un précédent dangereux. La prochaine fois, des élus pourraient refuser de répondre parce qu’ils n’aiment pas le journaliste ou son média ou le dernier article les concernant.

3
- Un élu reste libre en tout temps d’offrir ses primeurs et «scoops» aux journalistes ou médias de son choix ; cela reste vrai en période de lock out ou de grève.

4
- Nous ne cautionnons pas l’illégalité. S’il s’avérait que le Journal de Montréal utilise clairement des journalistes «illégaux», notre position sera différente.

5
- Si des élus souhaitent venir en aide aux journalistes et à l’information, il y a d’autres moyens que le refus de répondre à des journalistes. Ils peuvent pratiquer la transparence, voter des lois qui obligeraient les organismes publics à être plus transparents; ils peuvent favoriser davantage l’accès à l’information, voter des lois pour mieux protéger les sources et le matériel journalistiques, etc.

La libre circulation de l’information


Dans sa réflexion sur le boycott, le C.A. de la FPJQ a été guidé par un souci de cohérence avec une valeur importante que nous avons toujours défendue: l’information doit pouvoir circuler librement.

Nous croyons du même souffle que les élus ont une responsabilité de rendre des comptes au public et que c’est un élément important de la vie démocratique.

Cautionner le refus de répondre à des journalistes, même pour des motifs qui peuvent sembler légitimes, nous paraît aller à l’encontre de cette responsabilité et du principe de la libre circulation de l’information.

Plusieurs auraient aimé que la FPJQ endosse le mouvement de boycott des élus par solidarité pour les collègues du Journal de Montréal.

Ils invoquent une valeur largement partagée voulant qu’on ne traverse pas des piquets de grève, que se soit physiquement, par téléphone, par Internet ou autrement.

La hiérarchie des valeurs


Voici un contexte où entrent en conflit deux valeurs importantes : la libre circulation de l’information et la solidarité avec des collègues journalistes en conflit de travail.

Dans la hiérarchie des valeurs, la FPJQ a privilégié celle de la libre circulation de l’information et de la responsabilité des élus envers le public, qui est clairement au coeur de notre mandat.

Ce n’est pas une position contre les syndicats ou les journalistes du Journal de Montréal, ni un désaveu des stratégies ou choix des moyens de pression des syndicats dont la FPJQ n’a pas à se mêler.

Le choix d’intervenir


Peut-être serait-il plus simple que la FPJQ refuse de commenter tout ce qui touche les conflits de travail, pour éviter de donner l’impression qu’elle prend parti. C’est ce que croient certains de nos membres.

D’autres voudraient au contraire que la FPJQ prenne davantage position et de façon plus mordante à l’endroit des entreprises de presse, particulièrement lors des périodes de conflits.

Il serait insensé que la FPJQ choisisse de se taire au moment où les médias sont mutation et parfois en crise.

Nous avons donc fait le choix de participer au débat public, y compris de commenter les négociations et/ou conflits de travail.

Nous ciblons alors nos interventions uniquement sur les enjeux liés au mandat de la FPJQ: ceux de la qualité de l’information et de la diversité des sources et points de vue.

C’est ce que nous avons fait l’an dernier lors du lock out au Journal de Québec et à nouveau samedi dernier dans un communiqué, lors du déclenchement du lock out au Journal de Montréal.

François Bourque
Président