Devenir journaliste

Pour ceux et celles qui songent à une carrière en journalisme, voici quelques informations qui pourraient être utiles.

  • La nature du travail

À la base, le journaliste est avant tout un témoin qui rapporte le plus fidèlement possible les faits importants de la vie de notre société. Il est responsable d'une bonne partie de l'information de ses concitoyens et en ce sens il joue un rôle central dans une démocratie. Sans information adéquate, les citoyens peuvent difficilement poser des choix éclairés, quand vient le temps de voter par exemple ou de prendre position sur une multitude de questions. C’est pourquoi le droit à l’information est un droit individuel important.

Dans la tradition du journalisme nord-américain qui est la nôtre, le journaliste est embauché pour rendre compte des faits, pas pour les commenter, sauf dans certaines fonctions précises: les éditorialistes et les chroniqueurs principalement, ou encore dans certains types de journalisme comme le journalisme culturel. Si c’est le statut de vedette qui vous intéresse dans le journalisme, vous serez souvent déçus. La plus grande partie des tâches en journalisme se déroule loin du faisceau des projecteurs : recherchiste, réalisateur, pupitre, affectateur, chef de section, rédacteur, réviseur, beaucoup des postes de reporter…

  • Généraliste ou spécialiste?

La plupart des journalistes doivent être prêts à couvrir n’importe quel domaine de l’activité humaine: l'économie, la politique, les arts, les faits divers, les sciences, les sports, les phénomènes sociaux... Pour bien faire son travail, et même tout simplement pour trouver du travail, il doit disposer de la plus vaste culture générale possible.

Un journaliste peut être affecté aux nouvelles générales et il doit alors pouvoir couvrir adéquatement à peu près n’importe quoi. Mais le marché des médias comprend aussi des médias et des émissions spécialisés dans différents domaines comme le plein air, les sciences, l’économie, les sports etc. La spécialisation (des «beats» dans le jargon du métier) est avantageuse car elle permet au journaliste de mieux suivre les développements des secteurs couverts, et de se bâtir des réseaux d’informateurs pertinents. Mais par contre une spécialisation trop prononcée peut être une limite car elle restreint les possibilités de travail. Il arrive aussi fréquemment qu’un journaliste change de «beat» au cours de sa carrière. Il est donc bon de garder en tout temps l’esprit ouvert sur tous les domaines de couverture.

On retrouve les journalistes spécialisés dans les grands médias d’information générale (quotidiens, télévisions, magazines) aux côtés de journalistes affectés au secteur «général». Par contre, les petits médias à vocation générale préfèrent nettement les journalistes polyvalents. C’est le cas des hebdos régionaux par exemple où, dans bien des cas, il n’y a qu’un ou deux journalistes en poste, des radios, des télévisions aux effectifs modestes...

La polyvalence chez un journaliste est un atout certain. Il faut même désormais penser à la polyvalence entre diverses tâches et divers types de médias. En télévision, les tendances actuelles décloisonnent les divers métiers (recherchiste, journaliste, réalisateur, monteur, caméraman) et il n’est pas rare qu’un journaliste radio se retrouve à la télévision, qu’un journaliste de la presse écrite se retrouve en presse électronique ou vice-versa.

  • Les qualités requises

On ne peut songer à une carrière en journalisme sans avoir certaines qualités. Lesquelles? D’après les offres d’emploi qui parviennent à la FPJQ, les qualités les plus souvent exigées par les médias sont l’autonomie et la débrouillardise qui permettent de trouver l’information, la parfaite maîtrise de la langue française et la capacité de vulgariser car il faut avant tout se faire comprendre d'un large public et réussir à lui transmettre l'information. La connaissance de l'anglais est également nécessaire.

Le candidat journaliste doit faire preuve de rigueur intellectuelle et de logique et afficher un bon sens de l'analyse et de la synthèse. Parfois il n'aura que quelques minutes pour prendre connaissance d'une masse d’informations, en saisir les lignes de force et en communiquer l'essentiel en quelques paragraphes ou en quelques dizaines de secondes. Le travail sous la pression d’échéances rapprochées ne doit pas le rebuter.

Le journaliste a aussi besoin d’un bon sens critique. Il n'accepte pas comme des vérités ce qu'on lui dit. Il va contre vérifier auprès d'autres sources. Par profession, le journaliste doute et cherche l'autre côté de la médaille.

  • Expérience

On ne saurait trop recommander à un étudiant qui veut devenir journaliste de prendre de l'expérience tout de suite, à titre de bénévole dans des médias communautaires ou étudiants par exemple. C'est souvent ainsi, par ce bénévolat, qu'on peut savoir si le métier nous intéresse vraiment, et qu'on peut apprendre beaucoup des techniques qui nous seront utiles tout au cours de notre vie professionnelle.

Si on attend l'emploi permanent dans une grande salle de rédaction pour écrire notre premier reportage, celui-ci risque fort de ne jamais voir le jour. Un journaliste est généralement embauché sur la base de sa production antérieure. C'est notamment là-dessus qu'on le juge. Si quelqu'un peut faire valoir des articles écrits dans le journal de son CEGEP par exemple, c'est déjà un net avantage par rapport à celui ou celle qui n'a jamais rien écrit.

  • Le marché du travail

Il est très difficile de prévoir l’évolution du marché du travail en journalisme car il dépend en partie de l’évolution générale de l’économie. Les difficultés du début des années 90, qui ont notamment tari les revenus publicitaires, ont entraîné la stagnation ou même la régression des effectifs journalistiques.

Mais la situation a changé depuis et l’avenir n’est pas bouché même s’il peut y avoir des déplacements des effectifs journalistiques d’un type de média à l’autre ou des régions vers Montréal. Plusieurs salles de rédaction sont engagées depuis quelque temps dans un processus de rajeunissement de leurs effectifs dû en particulier au départ à la retraite de journalistes plus âgés. On peut croire qu'une personne qualifiée, motivée, peut toujours se tailler une place dans le monde du journalisme. Des rédacteurs en chef nous confient que malgré le nombre de pigistes sur le marché, ils n'ont pas nécessairement sous la main les pigistes compétents qu'ils souhaitent.

Comme dans d’autres secteurs d'emploi, il faut en effet prévoir commencer sa carrière comme pigiste, surnuméraire ou contractuel. Travailler comme pigiste veut simplement dire que le journaliste, au lieu de recevoir un salaire fixe toutes les deux semaines comme un salarié, gagne son pain en vendant des reportages un à un, à la pièce, à diverses entreprises de presse. S’il ne vend pas, il n’a aucune rémunération. La nature du travail reste la même, qu’on soit pigiste ou salarié.

La concurrence en journalisme est rude puisque n'importe qui peut tenter de s’y tailler une place. Les tarifs à la pige sont variables mais on doit s’attendre à travailler fort pour se procurer un revenu décent. En presse écrite, le tarif d'un feuillet (25 lignes X 60 frappes, soit 1500 caractères, même si cette définition n’est pas normalisée) oscille entre 25 $ dans les hebdos régionaux et 250 $ dans les magazines qui paient le mieux… et qui sont peu nombreux. En moyenne, un feuillet de magazine rapporte autour de 80 $. Il n'existe pas de tarif minimum.

Dans la presse électronique, on parle plutôt de contrats, généralement attribués pour la durée d'une saison de production (par exemple de septembre à décembre) et éventuellement renouvelables. Il y a notamment des postes de recherchiste dont on ne retrouve pas l'équivalent dans la presse écrite. Là encore, la rémunération varie selon l'entreprise. Une grande entreprise paie mieux la plupart du temps qu'une petite. Dans bien des cas, des journalistes gardent le statut de contractuel pendant des années, et ils doivent chercher de nouveaux contrats chaque saison. Les producteurs privés de télévision embauchent bon nombre de contractuels.

La période des vacances d’été est souvent un bon moment pour mettre le pied dans un média à titre de relève d’été ou de stagiaire. Dans certains quotidiens, il y a des programmes de stages durant cette période. Il faut s’informer dès le début de l’année car la sélection des stagiaires se fait souvent dès le mois de mars. Mais hormis les stages d’été, les médias sont peu équipés pour recevoir des stagiaires. Il est fort difficile de se trouver un stage et c’est à chacun d’essayer d’ouvrir les portes comme il le peut.

Le salaire d'un journaliste permanent d'une grande entreprise de presse peut se situer en moyenne à 50 000$ après quelques années d'expérience. Un pigiste qui débute pourra gagner 15 000$ ou 20 000$, et le salarié d'un hebdo pourra toucher entre 20 000$ et 35 000$ après plusieurs années d’expérience.

Les offres d’emploi publiques sont relativement rares dans le milieu. Des conventions collectives prévoient que les postes à pourvoir sont d’abord affichés à l’interne. Par ailleurs plusieurs postes sont comblés par le bouche à oreille, les recommandations de collègues, le réseautage. Ils n’apparaissent officiellement nulle part.

Vous avez donc tout intérêt à entrer vous-mêmes dans le processus de réseautage. La participation à la FPJQ et à ses activités comme le congrès annuel est une façon efficace de connaître des gens et de se faire connaître. Comme bénévole de médias communautaires ou étudiants en journalisme vous pouvez devenir membre associé.