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Karim Djinko
Dans l’ombre de la nuit et de ses collègues du jour, Erik Peters a trouvé un filon qu’il exploite depuis 15 ans au réseau TVA: caméraman aux faits divers. Portrait d’un pigiste peut-être plus solitaire que les autres.
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Dans sa traque solitaire des faits divers, Erik Peters a trois maîtres: la patience, l’écoute attentive des messages radio… et Gaëtan Girouard.
La photo du journaliste d’enquête de TVA, qui s’est enlevé la vie en 1999, est accrochée dans la voiture du caméraman. Erik Peters ne jure que par la rigueur de l’ex-présentateur de J.E. C’est à lui qu’il doit sa passion de la couverture des faits divers au réseau TVA.
Lorsque Erik Peters réalise un bon coup, comme cette poursuite policière filmée en direct en 2000, c’est d’abord vers l’image porte-bonheur du mentor que le caméraman se tourne. Les chemins de ces deux hommes se sont croisés en 1991 à l’émission 911 dont Erik Peters était le caméraman.
Baptême du feu
C’est par la photographie qu’Erik Peters entre à TVA en 1988 pour un contrat de remplacement prévu pour six mois. L’aventure dure finalement deux ans. Le passionné de photo est ensuite mis à la disposition du service des nouvelles sans affectation précise. Erik Peters se découvre des talents de caméraman lorsqu’il accompagne une équipe de tournage à une séance d’entraînement du Canadien. Les images qu’il filme, juste pour le plaisir, pense-t-il, avec la bienveillance du caméraman de service, finissent au… bulletin de nouvelles.
Le service des nouvelles fait aussitôt le pari audacieux de l’affecter à Oka, en pleine crise des revendications territoriales des Mohawks de la région montréalaise. Parti pour un jour, le tout nouveau caméraman reste 18 jours, travaillant dans des conditions très difficiles et dormant sur une chaise.
Cette expérience, marquée par la promiscuité et une bonne dose d’adrénaline, a servi à la carrière du caméraman aujourd’hui responsable de la couverture de nuit de TVA. Un travail à la pige conclu au départ par une poignée de main. Aujourd’hui, le caméraman jouit d’un contrat de longue durée dont il se garde bien de dévoiler les termes. Il faut surtout éviter d’effaroucher le syndicat des agents de TVA auprès duquel Erik Peters n’a pas toujours été populaire.
Solitaire
En mai 2001, peu avant l’acquisition par Quebecor du réseau TVA, les deux syndicats du Journal de Montréal et de TVA dénonçaient, dans une plainte conjointe devant le CRTC, «le recours aux services du même photographe/caméraman, M. Erik Peters, pour assurer la couverture des faits divers [...]». Une tempête dans un verre d’eau pour le pigiste, bouc émissaire avant l’heure de l’anti-convergence. Celui qui se considérait alors comme un «ticoune» est d’autant plus surpris que personne ne mentionne qu’il compte d’autres clients comme le journal La Presse.
L’étroitesse du marché pour la photographie de presse au Québec, surtout celui des faits divers, renvoie souvent Erik Peters vers le Journal de Montréal. L’homme reste cependant libre d’offrir ses services à n’importe quelle autre publication.
Il reste que le caméraman est en fait un «faux» pigiste qui loue ses services exclusivement au réseau TVA. Mais le statut importe peu à ce travailleur acharné qui, durant quatre ans, a patrouillé sept jours sur sept avant d’engager un contractuel en fin de semaine pour répondre aux exigences de Salut Bonjour!, de LCN et de Global News. Depuis, cinq collaborateurs se sont succédé au poste. Le temps d’un week-end, le pigiste devient à son tour… employeur.
Pêcheur en eaux troubles
Dans le milieu «tricoté serré» des caméramans de nuit, Erik Peters passe pour un solitaire qui fraternise peu. Sans doute, le natif de la Rive-Sud reste-t-il encore marqué par la tiédeur de l’accueil de ses pairs à son arrivée. Qu’importe, l’oreille constamment aux aguets des scanners pour recueillir la moindre information susceptible de mener à un reportage, Erik n’a pas vraiment le temps de sympathiser.
À l’image du pêcheur qui jette sa ligne à l’eau, l’attente peut paraître une éternité avant une intervention du caméraman. La décision de filmer un incident ou non appartient à Erik Peters. Décrypter, décider, conduire avec précaution, filmer, consigner aussi toutes les informations nécessaires au traitement des images par le service des nouvelles. La mécanique est bien huilée.
À l’occasion, quand la situation l’exige, Erik Peters réalise aussi des entrevues. Un plaisir pour ce touche-à-tout et une aubaine pour le réseau TVA qui n’hésite pas à faire passer son caméraman en ondes pour commenter ses images exclusives. Un peu de reconnaissance ne déplaît pas à celui qui comprend difficilement que ses pairs soient souvent considérés comme la dernière roue du carrosse.
De 22 heures au petit matin, Erik Peters documente visuellement les nuits montréalaises. Du petit monde interlope – avec ses prises d’otages, ses délits de fuite et ses meurtres – aux accidents et incendies, rien n’échappe au caméraman. Dans ce travail qui se nourrit des malheurs et quelquefois des actes de bravoure, résister au sensationnalisme est un défi de tous les soirs pour cet homme qui doit privilégier l’intérêt public.
Franchir le cordon
La sensibilité de ce père de famille est souvent mise à rude épreuve sur le théâtre de certains événements dramatiques, car on ne s’habitue pas à l’horreur malgré tant d’années à filmer les scènes déchirantes. Mais le travail doit être fait. La sensibilisation passe souvent par là. Une vision des faits divers à la télévision que défend avec conviction le caméraman.
Si personne n’enviait le travail de nuit d’Erik Peters à ses débuts, le caméraman suscite aujourd’hui des jalousies. Le vent a tourné à mesure que les faits divers prenaient de l’importance dans les bulletins de nouvelles. Trop de place? Le caméraman botte en touche: c’est le public qui décide. Et Erik Peters se veut l’œil du public. Un œil qui doit souvent composer avec le respect des périmètres de sécurité, les humeurs variables des policiers et de leurs relationnistes.
Le caméraman a déjà eu maille à partir avec les forces policières lors d’un tournage en 1995. Accusé de ne pas avoir respecté un cordon de sécurité, il a été arrêté et emmené manu militari sous l’œil de la caméra de ses collègues. Si l’affaire a débouché sur un non-lieu, Erik Peters est resté marqué par le peu d’intérêt que son cas a suscité au sein de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec pendant ses démêlés avec la justice (NDLR: le secrétaire général de la FPJQ dit qu'il n’a jamais reçu d’appel de Peters, mais que la Fédération prend régulièrement position contre des organismes ou des services de police qui entravent le travail de journalistes, de photographes ou de caméramans).
L’année suivante, il n’a pas renouvelé son adhésion à la FPJQ. Tant pis pour la force du groupe. Peters, lui, fait cavalier seul.
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Karim Djinko est journaliste pigiste.
En collaboration avec l’AJIQ.























