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Les médias selon... André Ducharme
Ex-RBO, scripteur-éditeur à Tout le monde en parle à la SRC et animateur du Retour de Dominic et Martin à Radio-Énergie, André Ducharme pose son regard sur les médias pour le Trente.
Trente : Quels médias consultez-vous le plus souvent?
André Ducharme : Je suis abonné à La Presse, je lis Le Journal de Montréal au bureau, ma blonde est abonnée à The Gazette. Je trouve intéressant de comparer la façon de faire du journalisme des deux côtés (francophone et anglophone) et de comparer la couverture. Je me sers beaucoup des journaux pour m’alimenter à Tout le monde en parle et à la radio. The Gazette peut sortir des trucs qui ne sont pas ailleurs, alors c’est utile. J’utilise aussi beaucoup Internet, de plus en plus et depuis assez longtemps d’ailleurs. Je me promène autant sur les sites de journaux, comme Cyberpresse qui est mon site principal d’information, que sur Canoë, Radio-Canada, Matinternet... Et l’information américaine, je la prends sur Internet. CNN et ABC, entre autres. CNN et ABC News, pas nécessairement pour la nouvelle brute, mais plus du côté des tendances et de la société, ou des nouvelles scientifiques. Par exemple, les nouvelles inventions. À la radio, ce genre de sujet est très intéressant.
Trente : Vous êtes un lecteur de blogues?
A. D. : Beaucoup. Mais ce qui m’intéresse, c’est ce qu’écrivent les blogueurs, et pas les réponses qu’on leur donne. Dans les réponses, c’est désolant ce qui s’écrit. Je trouve ça triste, parce que les gens qui écrivent de façon très négative et agressive, ça « scrappe » le média. Bien des gens en profitent pour s’exprimer, et ils ont le droit, mais ils le font, je pense, pour les mauvaises raisons.
Trente : Croyez-vous que cela nuise au travail du journaliste?
A. D. : Je connais plusieurs blogueurs, et je sais que de plus en plus ils ne lisent plus les réactions à leurs billets. Justement à cause de cette violence-là. Parce que tu ne peux pas faire autrement que de te sentir attaqué personnellement. Si tu t’attardes trop à ça, tu n’auras plus le goût de le faire. On a vécu cela à Tout le monde en parle. Une année, nous avions ouvert un forum de discussion. Nous l’avons fermé parce qu’on y trouvait finalement des propos qui n’apportaient rien au débat et qui devenaient rapidement des attaques personnelles entre internautes.
Trente : Des blogues préférés?
A. D. : J’adore les blogues de Cyberpresse, je trouve que c’est parmi ceux qui ont le mieux exploité la plateforme, qui devient une prolongation du média écrit. Canoë le fait aussi, mais ça reste souvent plus proche de ce qui se fait dans le journal.
Trente : Craignez-vous une dérive ou le mélange des genres?
A. D. : Je suis mal placé pour parler de mélange des genres parce qu’on m’accuse d’en faire (rires). Ce qui m’inquiète par rapport à Internet, c’est que c’est devenu la principale source d’informations pour plusieurs, mais qu’ils s’informent aux « mauvaises places ». Quand on parle des blogues des grands médias, il y a une rigueur journalistique qui se transpose. Mais, ailleurs, il y a des gens qui publient l’information sans la vérifier, en se basant sur des rumeurs. Pour plusieurs internautes, ça s’équivaut. Et ça devient une réalité à force d’être répété.
Trente : De façon générale, comment évaluez-vous le travail des médias au Québec?
A. D. : Nous sommes pris avec le fait que nous sommes un petit marché, et qu’il y a de moins en moins de joueurs. J’ai toujours un malaise de voir un média écrit faire la promotion de ce qui se passe dans le média électronique cousin. Je sais que les journalistes sont pris avec ça aussi. Sans que cela soit une commande, le journaliste lui-même peut se dire : « Je ne peux pas écrire ça parce que je vais me mettre dans le trouble. » Et ils doivent bien vivre... J’ai de la misère avec ça, on devrait avoir une certaine indépendance d’un média à l’autre. Et ce n’est pas juste du côté de Quebecor, ça se fait ailleurs.
Trente : Quel sujet devrait être davantage fouillé par les médias?
A. D. : Il y a une job à faire du côté d’Internet. Beaucoup de choses y circulent, ça vaut la peine de le fouiller. Je parle d’une section Internet solide, pas juste un journaliste qui fait une demi-page tous les quatre jours. On le fait bien sur RDI, où des journalistes sont affectés à ça.
Trente : À l’inverse, quel sujet aimeriez-vous voir disparaître des médias?
A. D. : Je n’ai pas cette façon de voir. Je me méfie des gens qui disent : « On ne devrait pas parler de ça parce que ça ne m’intéresse pas. » Quand ça ne m’intéresse pas, je change de page. Par contre, on a le problème de l’information continue, dans la mesure où il faut nourrir la bête. Ça devient souvent un serpent qui se mord la queue. Ce fut le cas avec le Bye-Bye par exemple. Le chroniqueur doit toujours avoir une opinion. Il réagit d’abord à l’événement, puis aux nombreuses autres chroniques, et ainsi de suite.
Je me méfie des gens qui disent : « On ne devrait pas parler de ça parce que ça ne m’intéresse pas. » Quand ça ne m’intéresse pas, je change de page.
Trente : Quelle est l’erreur la plus commune que vous percevez dans les médias?
A. D. : Je constate qu’on a de la difficulté à sortir du communiqué de presse et de la conférence de presse. Je trouve ça plate de lire un article qui est une copie carbone du communiqué. J’aimerais aussi qu’un journaliste critique télé soit plus souvent sur un plateau de tournage, qu’il voie le montage, l’arrière-scène. Dans un spectacle de Rock et Belles Oreilles, nous avions invité un journaliste backstage pour voir les entrailles du show. Ça avait donné un papier différent et intéressant. La journaliste n’avait jamais vu une coulisse en action. C’est pertinent.
Trente : Quelle est la pire entrevue à laquelle vous ayez été confronté?
A. D. : Les entrevues les plus difficiles que j’ai connues, c’était des entrevues de groupe avec Rock et Belles Oreilles. C’est très difficile pour un journaliste de faire une entrevue avec plusieurs personnes sur le même sujet, et c’est difficile pour ces personnes de vivre ça, c’est toujours tough. Ça peut facilement devenir cacophonique, surtout à la télé. Aussi, il peut y avoir des malaises si un des membres répond quelque chose qu’un autre ne pense pas. On peut même avoir peur de répondre. Et il n’y a rien de pire que des entrevues pré-Bye Bye où tu ne peux rien dire. Tu veux vendre une émission, mais tu ne peux pas dire ce qu’il y a dedans. On s’assoit face à face, l’air de se dire « coudonc, il faut le faire ».
Trente : Un conseil à donner aux journalistes?
A. D. : J’aime les entrevues qui vont au-delà de l’événement. J’avais fait une entrevue pour Échos Vedettes avec la journaliste Danielle Desbiens. On était tombé davantage dans le portrait, ça c’est l’fun. Quand tu prends le temps de passer une heure et demie, deux heures, ça va au-delà des quatre ou cinq questions de base. C’est un peu l’approche qu’on a à Tout le monde en parle, c’est pour ça que nos entrevues sont montées. Pour aller chercher ce qui ne se retrouve pas dans une entrevue habituellement. Ça devient plus humain que factuel et, moi, ce sont ces affaires-là qui m’intéressent.
Trente : Il est intéressant de voir que vous citez Échos Vedettes en exemple...
A. D. : C’est drôle, mais c’est le genre de média qui peut faire des entrevues plus longues. Je l’ai vécu avec Échos Vedettes et aussi avec La Semaine. D’ailleurs, ça nous étonne chaque fois qu’un journaliste nous demande une heure au moins. Avec Échos Vedettes, on s’était parlé trois fois, deux fois en personne et une au téléphone.
























