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Vive la grammaire!
Par Manon Laganière
Si les dictionnaires de difficultés sont de précieux outils d'aide à la rédaction, ils ne sauraient remplacer la bonne vieille grammaire. Que faire, cependant, lorsque l'apparente complexité de celle-ci nous plonge dans le plus profond désarroi? Lire Une grammaire pour écrire: essai de grammaire stylistique, de Robert Dubuc.
Comme l'explique l'auteur dans l'avant-propos, « L'objet d'Une grammaire pour écrire n'est pas d'exposer les règles du code grammatical [...] mais de mettre en évidence les ressources de ce code pour enrichir et nuancer l'expression de la pensée. [...] Conçu dans une optique nettement pédagogique, ce livre suppose acquises les règles et notions de la grammaire générale, dont il n'est pas un substitut. Il nous apparaît plutôt comme un bon outil pour parfaire les connaissances grammaticales de ceux qui s'initient aux carrières de l'écriture. »
Une grammaire pour écrire est donc avant tout un outil de perfectionnement et de référence qui traite des problèmes courants de rédaction. La première partie comprend huit chapitres consacrés à l'article, à l'adjectif qualificatif, au nom, au pronom, au verbe (trois chapitres) et à l'articulation de l'énoncé. De nombreux exemples illustrent les explications et permettent de s'y retrouver dans la terminologie grammaticale, inévitablement un peu technique. La deuxième partie est constituée d'exercices destinés à vérifier si le lecteur a bien assimilé les connaissances.
Selon moi, deux points font toute la force de cet ouvrage : le souci de l'auteur -un pédagogue d'expérience - d'être clair et simple, et les nombreuses mises en garde contre l'influence néfaste de l'anglais sur nos écrits, qui montrent combien il est important de disposer d'outils conçus à l'intention des francophones d'ici. À ce chapitre, je vous propose - pour vous donner un aperçu de l'ouvrage - d'examiner quelques difficultés courantes dans la presse écrite et parlée dont traite l'auteur. Ce dernier fait d'ailleurs souvent référence à la langue des médias, qu'il connaît bien pour avoir fait carrière à Radio-Canada.
Tout d'abord, saviez-vous que, contrairement à l'anglais, le français n'emploie généralement pas l'article devant l'apposition? Ainsi, on doit dire: Lucien Bouchard, premier ministre du Québec (et non : Lucien Bouchard, le premier ministre...). L'article est utilisé devant un nom en apposition seulement lorsqu'on veut le faire ressortir.
Par ailleurs, l'adjectif est à la source de nombreuses erreurs - commises encore une fois sous l'influence de l'anglais - dont les journalistes, tout particulièrement, devraient se méfier. Ainsi, ceux-ci ont une forte tendance à substituer l'adjectif de relation au complément déterminatif (exemples : voyage présidentiel au lieu de voyage du président, ministre québécois au lieu de ministre du Québec, etc.). De plus, ils emploient souvent, par désir de faire court, des adjectifs gigognes (exemple : mouvement universitaire féminin français), souvent au détriment de la clarté de l'énoncé. L'auteur rappelle qu'il ne semble guère possible de juxtaposer plus de deux adjectifs non coordonnés (le premier groupe adjectif + substantif doit former un tout) et qu on doit, pour remédier à cette situation, déplacer l'adjectif ou utiliser des compléments déterminatifs (exemple: mouvement universitaire des femmes françaises).
L'auteur souligne aussi un tic de langage très fréquent dans la prose journalistique (et qui m'horripile tout particulièrement!) : l'emploi des démonstratifs neutres ce ou cela, précédés de la conjonction et, pour reprendre ce qui a déjà été dit. Exemple : À maintes reprises, il m'a reproché de l'avoir trahi, et ce, même si je lui ai prouvé que tel n'était pas le cas. Ce tour, qui marque l'insistance, est tout à fait correct, mais il faut éviter d'en abuser.
Une grammaire pour écrire traite avec clarté de ces aspects de la grammaire, et de bien d'autres. Pour en tirer pleinement profit, le lecteur devrait lire cette grammaire nouveau genre de A à Z, comme il le ferait d'un roman. En effet, on ne sait pas toujours sous quelle appellation chercher la réponse à une difficulté. Les termes hypallage, transvaluation, antéposition, etc. ne nous viennent pas nécessairement à l'esprit quand notre petit doigt nous dit que quelque chose ne va pas! À cet égard, la table des matières et l'index se révéleront fort utiles.
En terminant, je vous laisse sur cette pensée de l'auteur, qui sous-tend toute sa démarche et qui donne toute sa valeur à son ouvrage: « Il ne s'agit pas d'éliminer l'instinct linguistique présent à l'intérieur de chacun, mais de le renforcer pour en tirer un meilleur parti. Savoir pourquoi on écrit de telle façon, c'est souvent la clé du savoir-écrire. »
On peut commander Une grammaire pour écrire auprès de l'éditeur, Linguatech, en téléphonant au (514) 443-9851.
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Manon Laganière est chef du Service de rédaction à la Société Radio-Canada.
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Vol. 21, no 2, février 1997























