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Louise Leduc
Il y a 14 ans, la journaliste Colette Beauchamp publiait Le Silence des médias, qui dénonçait les valeurs masculines des entreprises de presse et le peu de place qui y était faite aux femmes. Selon elle, rien n’a changé depuis.
C'est maintenant en tant que spectatrice, loin du milieu journalistique, que Colette Beauchamp continue d'observer les médias… et de se désoler. «Dans les médias écrits, au Devoir et à La Presse, notamment, il semble y avoir amélioration. À la télévision et à la radio, par contre, c'est toujours le désert. Mis à part Anne-Marie Dussault, quelles femmes se voient aujourd'hui confier des émissions d'affaires publiques sur de grands réseaux, aux heures de grande écoute? Où sont les lectrices de nouvelles à TVA et à Radio-Canada? Et ne parlons même pas de CKAC qui, de 16 h à minuit, ne fait à peu près que du sport. Une station d'hommes, pour les hommes.»
Où donc les jeunes femmes peuvent-elles trouver leurs modèles? s'inquiète Mme Beauchamp. «C'est la télévision qui influence les gens. Quand j'avais 15 ans, nous voulions toutes prendre un jour la relève de Judith Jasmin, que l'on ait ou pas rêvé de faire ce métier. Aujourd'hui, la visibilité des femmes aux postes-clés est à peu près nulle.»
La situation québécoise apparaît d'autant plus inacceptable à ses yeux que les médias américains, eux, semblent laisser les coudées franches aux femmes, et ce, même après l'apparition de leurs premières rides. «La chose m'a frappée dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre. Sur CNN, ABC, NBC, défilaient les commentatrices de 40 et 50 ans, pendant qu'à Radio-Canada et à TVA…»
Il y a bien, au reportage, les Céline Galipeau, Christine Saint-Pierre, Joyce Napier?… «Mais quand elles auront envie de rentrer et de faire autre chose, leur offrira-t-on une émission sur un plateau d'argent comme on l'a fait pour Jean-François Lépine? Pourquoi trouve-t-on toujours quelque case horaire aux Simon Durivage et Pierre Nadeau et pas aux Michèle Viroly, Madeleine Poulin, Aline Desjardins, Suzanne Laberge et Francine Bastien?»
UNE FEMME EN HAUT LIEU
À la base, croit-elle, le problème vient de ce que trop peu de femmes accèdent aux postes de direction. «J'ai trop souvent entendu de patrons de télévision dire qu'ils avaient bien tenté de nommer en haut lieu une femme, mais qu'aucune n'avait accepté. Ont-ils vraiment bien cherché? Je connais plein de femmes compétentes qui ne demanderaient pas mieux que de se lancer dans la bataille!»
Et si certaines femmes refusent vraiment les postes qui leur sont offerts à la tête de salles de presse de médias électroniques, peut-on vraiment les blâmer? demande Colette Beauchamp. «Comme disait Lise Payette, une femme cadre au sein d'une équipe toute masculine devient la représentante de toutes les femmes et rien d'autre. C'est à deux qu'il faut monter au front pour briser les barrières. Autrement, ce n'est pas la peine.»
Vous l'aurez compris, Colette Beauchamp, qui dit concocter un nouveau livre, ne s'ennuie pas du journalisme. «À un moment donné, tu en as vraiment assez de te faire dire que tu n'es pas assez jolie ou que tu es trop jolie pour faire sérieuse, que tu es trop maigre ou que tu es trop grosse. À un moment donné, tu en as vraiment assez de cette information unidimensionnelle qui ne valorise en rien la multiplicité des points de vue. Les médias ont besoin de plus de femmes, mais aussi de plus de représentants de communautés culturelles. Et si Radio-Canada croit avoir tout réglé en embauchant Michaëlle Jean le week-end, elle se met le doigt dans l'oeil!»
Louise Leduc est journaliste à La Presse.























